Adieu CFMoto
Acheter une moto neuve, c'est un peu comme se marier : on se pose mille questions existentielles, ai-je fait le bon choix, cette marque tiendra-t-elle ses promesses, existe-t-il seulement un service après-vente digne de ce nom, et on finit par se rassurer en se disant qu'on connaît le vendeur depuis trente ans. Un vieil ami. Une relation de confiance, forcément.
Tout commence chez Moto Fast, à Pulnoy, spécialiste quad et moto. En 2021, je craque pour une CFMoto 650GT. Mon budget, lui, ne craque pas du tout. Je me rabats donc sur un Royal Enfield Meteor 350, une moto sans histoires, ce qui, avec le recul, était presque suspect de sagesse de ma part.
Décembre 2023 : je succombe enfin au charme de la 650 MT. Ses sacoches, son tableau de bord TFT, sa gueule, son prix, bref, tout ce qu'il faut pour perdre la tête. Sauf qu'à la livraison, surprise : pas d'indicateur de rapport engagé, et impossible de démarrer sur la béquille. Mais qu'importe, me dis-je avec l'enthousiasme aveugle du nouvel acquéreur, « on verra plus tard ». Grande phrase. Grande bêtise.
Après 150 km, et quelques réveils à -5°C à attendre que le moteur daigne chauffer pendant que je me transforme en glaçon sur ma propre moto, je rends enfin les armes et dépose l'engin chez le vendeur, fin décembre 2023. Je ne la reverrai pas de sitôt.
Un mois plus tard, toujours pas réparée. J'invoque donc, avec la délicatesse d'un juriste amateur mais déterminé, la garantie des vices cachés et la garantie légale de conformité, et j'annule la vente. Me revoilà sur ma fidèle Royal Enfield, pendant que ma 650 MT prend, semble-t-il, des vacances prolongées quelque part près de Marseille.
Rebondissement en novembre 2024 : la société de financement m'appelle, très détendue, pour m'annoncer que la moto est réparée « depuis longtemps » et me demander si je suis toujours intéressé. Comme si de rien n'était. Comme si onze mois de silence n'étaient qu'un léger contretemps administratif.
Par un mélange de curiosité et d'un fond de tendresse persistante pour la marque, le souci venait sans doute plus du concessionnaire que de CFMoto lui-même, je négocie : rapatriement, immatriculation, le tout pour 5000€, sachant que j'avais moi-même fait l'essentiel des kilomètres au compteur avant l'annulation. Je m'attendais à un refus poli. On me dit oui. Va pour 2025, et six mois d'immatriculation en prime, histoire de ne pas rompre avec la tradition maison de la lenteur administrative.
Tout roulait bien, au sens propre, jusqu'au 30 juillet 2026. Ce matin-là, en partant travailler, la moto refuse obstinément de démarrer, l'écran reste désespérément éteint, et il faut maintenir l'embrayage pour espérer un signe de vie. Un air de déjà-vu, en pire.
Je contacte GD France, qui avait réparé la moto la première fois. Silence radio mais peu surprenant en cette période de vacances estivales.
Je contacte les concessionnaires du coin. Silence radio, en stéréo cette fois.
L'un d'eux, dans un élan de courtoisie commerciale dont il devrait être fier, m'explique sans détour que « ce genre de problème avec des cochonneries* chinoises n'a rien de surprenant et n'est pas réparable ». Une analyse technique du plus haut niveau. Je me demande d'ailleurs si ce discours est également tenu devant les clients qui viennent justement acheter ces « cochonneries* chinoises » dans sa concession.
Je recontacte GD France pour obtenir le schéma électrique, histoire d'écarter les autres pannes possibles. Silence radio, acte trois.
À mon humble niveau de diagnostic amateur, tout désigne le tableau de bord, pardon, le « cluster », puisque la TBOX continue de transmettre la position GPS sans donner ni vitesse ni distance. Problème : cette pièce se négocie entre 600 et 1200€ HT. Un prix qui, comme par hasard, donne immédiatement envie de vérifier si vendre un rein est encore rentable en 2026.
Solution envisagée : dénicher un tableau de bord d'occasion en casse, si un jour j’en trouve un, à un tarif qui ne nécessite pas de refinancer la moto une troisième fois.
Conclusion de cette aventure : je ne referai plus affaire avec CFMoto. Non pas que la moto soit mauvaise, elle ne l'est pas, loin de là, mais parce qu'entre des concessionnaires aussi accueillants qu'un répondeur éteint et un importateur qui ne redevient bavard que lorsque la garantie est encore active, la confiance, cette fameuse confiance de trente ans, en a pris un sacré coup.
* mot employé à la demande de Trustpilot. Initialement c'est plus "raide"
